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Seulement 6,6 % de la population mondiale vit en démocratie en 2026

Selon l’indice démocratique global 2024 publié par "The Economist Intelligence Unit", la démocratie a encore reculé dans le monde : 71 pays sont considérés comme des démocraties, soit 6 de moins qu’il y a une décennie. En conséquence, 6,6 % seulement de la population mondiale vit aujourd’hui dans un régime considéré démocratique — moitié moins qu’en 2014 (12,5 %).

Chaque année, The Economist Intelligence Unit (EIU) « mesure » l’état de la démocratie dans le monde et dresse un classement des pays en fonction de cinq critères : le degré de libertés civiles, les processus électoraux, le fonctionnement du gouvernement, la « culture politique » ainsi que la participation politique. L’institut de recherche classe ensuite les pays dans plusieurs catégories allant d’une « démocratie » à un « régime autoritaire », en fonction du score obtenu.

Pour établir ce classement,  60 indicateurs sont analysés, divisés en cinq catégories, évalués de 0 à 10 :

  • Processus électoral et pluralisme: Présence d’élections libres, équitables et compétitives.
  • Libertés civiles: Protection des droits civils et politiques et indépendance du système judiciaire.
  • Participation politique: degré d’implication directe des citoyens dans la vie politique, non seulement par le vote, mais aussi par des formes d’engagement civique.
  • Culture politique: Diffusion et soutien des valeurs démocratiques dans la société.
  • Fonctionnement du gouvernement: Capacité concrète des gouvernements à traduire la volonté des citoyens en politiques et actions.

Bien que 2024 ait été appelé « l’année des élections » pour le nombre record de consultations électorales dans le monde entier, l’indice mondial de la démocratie a atteint un minimum historique: le score mondial moyen est tombé de 5.52 en 2006 à 5.17 en 2024. 130 pays ont enregistré une baisse ou n’ont montré aucune amélioration du score, reflétant la crise de la démocratie représentative et la montée de régimes autoritaires qui régissent aujourd’hui plus d’un tiers de la population mondiale.

Récemment, la polarisation politique croissante et la méfiance pour les institutions ont alimenté le consentement aux partis populistes et anti-système, contribuant à l’érosion des processus démocratiques

En 2024 seulement 25 pays sur 167 (15% du total) a atteint un score supérieur à 8 et a été indiqué comme démocraties complètes représentant environ 6,6% de la population mondiale. Les démocraties imparfaites avec un score comprise entre 6 et 8, couvrent environ 38,4% de la population mondiale, avec 46 des 167 pays (27,5%). L’indice identifie également deux catégories de systèmes non démocratiques : les régimes hybrides (indice 4-6) et ceux autoritaire (indice 0-4), qui représente plus de 54% des pays analysés, la majorité dans le monde. Par le régime « hybride » (15,7%), on entend un pays, comme le Mexique ou la Roumanie, qui combine des élections régulières avec des pratiques autoritaires, telles que l’indépendance limitée du pouvoir judiciaire, corruption et répression généralisées de l’opposition.

Alors assiste-t-on à une troisième vague d’autocratisation?

La première a eu lieu dans les années 1930 et a débouché sur la seconde guerre mondiale. Nous avons assisté ensuite à une vague de démocratisation, souvent combinée à la décolonisation. Puis, au milieu des années 1960 et dans les années 1970, il y a eu la deuxième vague d’autocratisation, avec des coups d’Etat militaires et des Etats à parti unique. Dans la troisième vague, les processus d’autocratisation ont tendance à être très lents et graduels. Il a fallu dix ans à Recep Tayyip Erdogan pour supprimer la démocratie en Turquie. Idem pour Viktor Orban en Hongrie, ou Narendra Modi en Inde. Lors de son premier mandat, Donald Trump a réussi à la faire dérailler dans une certaine mesure, mais pas à la faire disparaître. Pareil pour Jair Bolsonaro au Brésil.

Cette troisième vague se caractérise par des dirigeants qui arrivent souvent au pouvoir à l’issue d’élections relativement démocratiques, mais avec un programme antipluraliste qu’ils mettent en œuvre au coup par coup, en sapant les médias, les journalistes, les organisations de la société civile, l’un après l’autre. Puis ils cherchent progressivement à contrôler le système judiciaire. Ils utilisent beaucoup la désinformation et font bouger les normes de ce qu’il est possible de dire ou de faire.

Souvent, une grande partie de la population ne se rend même pas compte de cette évolution. Il a fallu attendre 2022 pour que le Parlement européen déclare que la Hongrie n’était plus une vraie démocratie, mais un « régime hybride d’autocratie électorale ». Il s’était pourtant écoulé plus de dix ans depuis l’arrivée au pouvoir de Viktor Orban, qui l’a fait dérailler de manière très pacifique et progressive.

"C’est très dangereux. Il est facile de ne pas voir ce qui se passe avant qu’il ne soit trop tard". (Staffan Ingemar Lindberg, EIU)

 

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Date de publication
5 Février 2026